Tout quitter pour une vie plus simple au cœur du bush sud-africain

Tout quitter pour expérimenter une vie en toute simplicité, au plus proche de la nature : c’est le rêve qu’un jeune couple de Belges a choisi de réaliser il y a bientôt deux ans en partant s’installer avec leur petite fille dans une ferme du Free State en Afrique du Sud, à 40km de la première ville. Partez à la découverte d’une aventure pas comme les autres, au cœur du bush sud-africain, guidés par les superbes photos de Dorothée et Damien.

Tout quitter pour de nouveaux horizonsPrendre son envol pour se poser sur une branche lointaine…

 

Tout quitter pour vivre ses idéaux

Dorothée et Damien, tous les deux trentenaires, sont originaires de Bruxelles où ils exerçaient jusqu’à peu les métiers d’architecte d’intérieur et d’architecte. Une vie agréable, de bons boulots, mais un système capitaliste qui leur posait trop de questions et duquel ils se sentaient de plus en plus déconnectés.

« On n’en a eu assez, on ne voulait plus participer à ce système qui ne tourne pas rond. Nous rêvions d’autre chose », m’explique Dorothée.

Le déclic a vraiment lieu en juillet 2013, lors de vacances à Chabrel, dans les Hautes Alpes. « Assis sur un banc en haut d’une colline, nous avons eu une révélation si évidente : nous travaillons toute l’année pour pouvoir s’offrir deux semaines de nature. Et puis, nous nous sommes dit que cela pourrait tout simplement être notre vie », conclut Dorothée.

Aussi, lorsque Xavier, le frère de Damien installé à Johannesburg en tant qu’architecte depuis une vingtaine d’années, achète une ferme dans le Free State et évoque avec le couple son projet d’y construire une maison secondaire, une petite graine germe dans la tête des deux amoureux : pourquoi ne pas tenter l’aventure, tout quitter pour participer au chantier et expérimenter un mode de vie totalement différemment ? D’abord sujet de plaisanterie, Dorothée et Damien commencent à en parler de plus en plus sérieusement. Ils pèsent le pour, le contre, essayent d’évaluer les risques, se stimulent l’un l’autre, jusqu’à prendre la décision qui bouleversera leur vie : c’est maintenant ou jamais, let’s go and see!

Tout quitter pour le bush sud-africainSur la route de Witklipfontein

 

Le projet se dessine, d’abord dans les grandes lignes pour se préciser bientôt. L’objectif est d’apprendre à vivre plus simplement, avec « moins de technologie, moins de gaspillage, plus de respect de l’environnement, un rythme plus en accord avec [leur] nouveau biotope ». Il s’agira de construire deux unités d’habitation écologiques et d’atteindre l’autosuffisance alimentaire en fruits, en légumes et en œufs.

Le départ tant attendu devra pourtant être repoussé de quelques mois car une autre graine a germé dans le même temps… une petite Charlie est en route et les futurs parents prennent la sage décision de lui donner naissance en Belgique, avant de lui offrir une éducation 100% nature au cœur du bush.

Charlie a 5 semaines lorsque la petite famille, accompagnée de leur chat Dali, foule la terre sud-africaine le 11 juillet 2014. Une terre rouge et aride dans laquelle ils mettront très vite les deux mains pour initier les différents chantiers planifiés : construction d’un four à pizza, d’une maison pour les ouvriers, d’une maison pour Xavier et sa famille, d’un poulailler, aménagement d’un jardin potager et d’un manège pour les chevaux (entre autres !), le tout avec les matériaux et les moyens du bord, et l’aide d’une dizaine d’ouvriers logés sur place.

Dorothée et Damien à Witklipfontein, en Afrique du SudDorothée, Damien et leur petite Charlie à Witklipfontein

 

La vie à la réserve de Witklipfontein

Il fait bon vivre dans la réserve de Witklipfontein, dans le Free State, qui s’étend sur 220 hectares. Le silence, la vue sur le bush, les reflets rouges de la terre et du soleil de fin de journée… c’est tellement paisible ! Dorothée, Damien et Charlie habitent dans la maison « fonctionnelle mais pleine de fuites » qui existait déjà lorsque le terrain a été acheté.

La ville la plus proche s’appelle Parys et se trouve à 40km. Dorothée s’y rend toutes les semaines pour faire les courses.

Tout quitter et s'occuper des animauxDorothée s’occupe d’un bébé nyala

 

Les relations sociales ne semblent pas manquer à Dorothée et Damien, d’une part car leurs journées sont très remplies, d’autre part car ils ont régulièrement de la visite. Ils ont également fait la connaissance des voisins habitant les fermes environnantes, que Dorothée décrit ainsi : « de bons Afrikaaners, fermiers, cultivateurs de maïs, éleveurs de moutons, de chèvres et de poules, propriétaires de chevaux et de milliers d’hectares de terre ».

Ces derniers se sont rendus disponibles pour transmettre leurs connaissances à Dorothée et Damien : comment gérer une ferme, quel plantes et arbres conserver ou couper sur le terrain, comment se protéger des singes, phacochères, mangoustes, porc-épics et autres insectes qui ravagent les cultures ou attaquent les animaux… la vie de fermiers, en somme, celle qui ne s’apprend ni dans les livres, ni sur Youtube !

 

« Il y a tant à faire »

On ne chôme pas à Witklipfontein. Il y a beaucoup à faire entre le chantier, le potager, les animaux, l’intendance, la coordination et le suivi des ouvriers, sans oublier la petite Charlie en pleine découverte du monde !

Tout quitter pour vivre Tout quitter et élever son enfant en pleine natureCharlie et son papa profitent des grands espaces

 

« Nous pensions devenir architecte-fermier-entrepreneur-jardinier et il s’avère que nous héritons également des casquettes de directeur de ressources humaines, assistant social, psychologue, vétérinaire, palefrenier, livreur… », confie Dorothée dans le journal de bord qu’elle partage avec ses proches.

Gérer une ferme et son personnel est un boulot à temps plein ! Petit tour d’horizon des activités dans la réserve.

• L’éducation 100% nature de Charlie

Education natureCharlie, paisible au milieu des chèvres

 

Charlie a près de deux ans et a eu la chance d’évoluer jusqu’à aujourd’hui quasiment exclusivement dans la nature. Les mains dans la terre, au contact des animaux, sous le soleil et au bon air, la petite fille est en train de s’éveiller au monde de la meilleure manière qu’il soit en faisant le plein d’ondes positives qui l’accompagneront toute sa vie.

Dorothée et Damien s’occupent beaucoup de Charlie : balade à pied ou à cheval, jeux, piscine… Lorsqu’ils travaillent, ils passent le relais à la nounou qui vit sur place. Une fois par semaine, Dorothée amène Charlie à la ville pour jouer avec d’autres enfants de son âge dans le cadre d’un playgroup. Les cousins et les enfants d’amis viennent aussi régulièrement à Witklipfontein. Un ensemble de facteurs qui concourent au développement harmonieux de « la petite sauvageonne » comme s’amuse à l’appeler sa maman.

• Le jardin potager

Potager en permaculture en Afrique du SudXavier et sa fille s’occupent du paillage des buttes du potager

 

Le potager est mis en place selon les principes de la permaculture : la préparation du terrain est un travail de titan, mais le jeu en vaut la chandelle ! Création de buttes, enrichissement du sol en y incorporant des déchets végétaux et animaux, compagnonnage (associations de plantes pour favoriser leur croissance mutuelle et éviter le recours aux pesticides), utilisation de graines anciennes non modifiées et reproductibles, et paillage pour protéger le sol du tassement et de l’érosion tout en retenant l’eau, une ressource critique en Afrique du Sud.

Résultat : un superbe jardin en mandala 100% bio qui produit les premiers temps des légumes et des fleurs comestibles en quantité suffisante pour nourrir les ouvriers et la famille.

Potager permaculture en Afrique du SudPréparation du terrain, les semis sont en terre, poussent… jusqu’à d’abondantes récoltes

 

Depuis quelques mois, le potager de Dorothée est moins productif : la sécheresse (il n’était plus possible d’irriguer à une certaine période), le manque de temps pour s’occuper du jardin, les attaques de rongeurs ou de singes et les interventions des ouvriers qui arrachent ce qu’il ne faut pas, ont quelque peu mis à mal les récoltes. Mais la structure préparée avec amour est là… Ce potager a un bel avenir devant lui !

Quelques arbres fruitiers ont aussi été plantés : pêchers blanc et jaune, pruniers vert et rouge, pommiers jaune et rouge, grenadier, figuier et abricotier… de quoi bien se régaler dans quelques années.

• Les constructions écologiques

> Le four à pizza

Afin de se familiariser avec le matériau qui sera utilisé pour la construction des maisons, Damien se lance dès leur arrivée dans la fabrication d’un four à pain en pisé, constitué de terre argileuse et de foin. Vive le pain et les pizzas maison !

Four à pizza en pisé

 

> La maison des ouvriers et la résidence secondaire
Ouvriers, construction écologiqueL’équipe qui travaille avec Damien sur le chantier

 

Là encore, la construction de deux unités d’habitation est un travail de titan. Les matériaux utilisés sont de la terre, de la pierre et du bois collectés sur le terrain, qui sont assemblés selon des techniques traditionnelles pour construire des maisons écologiques au design contemporain. Chacune des maisons aura un toit végétalisé et sera équipé de panneaux solaires. L’une des pièces de la maison principale est un dôme construit à partir de sacs remplis de terre.

Maison des ouvriers - écologiqueLa maison des ouvriers en terre-pierre-bois, équipée de panneaux solaire

 

La maison des ouvriers est terminée, tandis que la maison de vacances est encore en chantier. Les plans que j’ai pu voir laisse présager un produit final exceptionnel.

Maison écologique en Afrique du SudLe chantier de la maison secondaire
Earth bags dome - South AfricaLe dôme à partir de sacs de terre, aussi appelés earthbags

 

• Les animaux de la réserve

Tout quitter pour vivre dans le bushZèbres, hippotragues, chèvres, chevaux… du beau monde à Witklipfontein

 

La réserve est peuplée de nombreux animaux dont les soins occupent grandement Dorothée.

D’un côté, les animaux de la ferme, telles que des poules pondeuses (sauvées d’un élevage en batterie pour le grand air), une cinquantaine de chèvres et six chevaux recueillis dont trois sont en cours de dressage. Il y a même quelques ruches !

De l’autre, les animaux du bush, tels que des troupeaux d’antilopes et de zèbres, et deux girafes. L’élevage d’hippotragues, des antilopes noires relativement rares qui étaient répertoriées comme espèce en voie de disparition il y a encore quelques années, est en cours de développement dans la perspective d’assurer des revenus pérennes à la ferme.

A tout ce beau monde viennent s’ajouter deux chiens adoptés sur place, et Dali, le chat belge.

Tout quitter pour le bush - une girafeTroupeau de chèvresLibération d'une antilope dans une ferme du Free State

 

« Je pense pouvoir affirmer que nous sommes heureux »

A la question « comment vous sentez-vous dans cette nouvelle vie ? », Dorothée répond :

« Nous n’avons jamais mangé aussi sain de toute notre vie sur une aussi longue période ; nous parcourons chaque jour plus de kilomètres à pied qu’auparavant en une semaine, voire deux ; nous nous levons tôt tous les matins, reposés et motivés par la nouvelle journée qui commence ; le stress a totalement déserté nos corps et nos esprits ; je pense pouvoir affirmer que nous sommes heureux. »

Un esprit sain dans un corps sain, un mode de vie en adéquation avec ses valeurs, un apprentissage quotidien de la nature, des autres et de soi-même, de belles rencontres, une éducation au grand air idéale pour Charlie… voilà ce que semblent être les grandes lignes de la vie selon Dorothée et Damien, bienheureux au milieu du bush sud-africain.

La suite ? Ils préfèrent pour le moment ne pas trop en parler et profiter de l’instant présent. Biensûr, ils y pensent… car ils sont bien conscients que des décisions devront être prises à l’heure de scolariser leur fille. En effet, les 160km aller-retour au quotidien pour amener la petite à l’école semblent difficilement envisageables.

Une aventure à suivre, donc ! Visitez leur site Internet pour en savoir plus.

Tout quitter pour le bush sud-africainLa nature dans tous ces états…

 

Merci à Dorothée et Damien, ainsi qu’à Xavier et sa famille pour leur accueil à Witklipfontein en février dernier.

Edit 04/2016 : Découvrez la réserve de Witklipfontein en vidéo !

 

La majeure partie des photos dans ce reportage sont la propriété de Dorothée et Damien. Seules quelques-unes d’entre elles m’appartiennent.

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Alors, êtes-vous inspirés par ce beau projet de vie ? Seriez-vous prêts à tout quitter pour vivre vos idéaux ?

Partagez vos réactions en commentaires de cet article !

A bientôt,

Meli Green Seed

 

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7 Commentaires

  1. Yves Nyedetse

    Tres bel article qui me rappelle de bon souvenirs sur la ferme! Dorothe, Damien et la petite Charlie sont des hôtes exceptionnels! Que de joies.

  2. Merci Amélie.
    Bel article!

  3. Bonjour à tous les trois,

    Bravo à la réalisation de vos projets,de superbes images de la nature avec ses animaux locaux,les constructions sont superbes et réalisées au cordeau, l’oeil de l’architecte veille au grain….bonne continuation !! hervé FRANCE

  4. J’aime beaucoup l’idée de tout quitter pour se mettre au vert, surtout que l’Afrique du Sud n’est pas la pire des destinations pour ça :) Je ne comprends pas trop l’intérêt de la réserve ceci dit, l’endroit va devenir touristique à terme ?

    • Bonsoir Adeline et merci de ton commentaire !
      Lorsque la ferme a été achetée, les animaux vivaient déjà dans la réserve et ont été – pour la plupart – conservés, pour le plaisir et le charme de cohabiter avec des animaux locaux. La ferme n’a pas vocation à devenir touristique pour le moment, mais famille et amis qui viennent faire du tourisme en Afrique du Sud sont accueillis avec plaisir. Peut-être qu’un jour sera envisagée l’option d’ouvrir quelques chambres d’hôtes, maximum dix personnes. A suivre !

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